Au Revoir Là-Haut, ou quand le cinéma touche la magie du doigt

Septième Art 16 novembre 2017 Laisser un commentaire

Et dire que j’ai failli passer à côté d’Au Revoir Là-Haut, dont l’affiche ne m’avait fait ni chaud ni froid la première fois qu’elle m’était apparue, au coin d’une avenue…

Fort heureusement, grâce à la curiosité de mon entourage à l’égard de ce film, j’ai fini moi aussi par m’y intéresser, à regarder la bande-annonce, puis, un soir pluvieux, un soir heureux, à me rendre au cinéma le plus proche pour me laisser emporter. Ç’eut été bien triste de manquer un tel film, foi de rêveuse!

Mais d’abord, petit retour sur son synopsis… Le film nous emmène en 1919, juste après la Première Guerre Mondiale, la Grande Guerre qui a laissé derrière elle bon nombre de gueules cassées, au propre comme au figuré. Et c’est justement deux d’entre eux que nous rencontrons ici: Edouard Péricourt, jeune talent du dessin, mutilé de guerre et ayant fui sa famille aisée, et Albert Maillard, modeste comptable.

Leur amitié a commencé dans les tranchées et se poursuit à Paris, où ils décident de monter une arnaque aux monuments aux morts à grand renfort de fantaisie et d’ingéniosité

Avec ses allures de conte, alliant merveilleux et tragédie, ce n’est pas très étonnant qu’Au Revoir Là-Haut m’ait tellement plu…

Après tout, c’est un film qui réunit à peu près tout ce j’aime: l’ambiance fantasque des années folles, l’émotion propre aux belles histoires, l’humour innocent et léger, la photographie surannée à souhait et la magie, merveilleuse et malicieuse (qui ne fait pourtant pas appel au fantastique ici).

Doucement, mais sûrement, le film a su me toucher en plein cœur et je dois bien dire que le talent des acteurs y est pour beaucoup.

Il y a d’abord Nahuel Perez Biscayart (déjà adoré dans 120 Battements par Minute il y a quelques mois) dont la complexité d’un rôle quasiment muet ne l’a pas rendu moins brillant – au contraire! Difficile de rester de marbre face à ses grands yeux bleus, si expressifs… Je l’ai trouvé incroyable, tout simplement.

Mais Albert Dupontel n’est pas en reste dans le registre de l’émotion, loin de là. Sa maladresse, ses hésitations… son humanité, finalement, en font un personnage extrêmement attachant et drôle qui, lui non plus, ne laisse pas indifférent. (Et chapeau bas, parce que j’imagine qu’être à la fois acteur principal et réalisateur ne doit pas être une mince affaire, or, ni le jeu de l’un, ni la réalisation de l’autre ne semblent en pâtir.)

Sans oublier Laurent Laffite (Pradelle), parfait en odieux personnage que l’on aime détester, Niels Arestrup (Marcel Péricourt) le patriarche sévère mais touchant malgré tout ou encore la jeune Héloïse Balster (Louise) à l’énergie enfantine qui apporte de la légèreté et de l’espièglerie à l’ensemble.

Évidemment, quand je repense à Au Revoir Là-Haut, parmi les choses qui m’ont le plus frappé, je repense à l’image et à tout ce qui fait de ce film une merveille visuelle.

Entre la photographie aux tons un peu désuets (qui rappelle d’ailleurs un peu l’univers des films de Jean Pierre Jeunet), les superbes décors, soignés sans être trop lisses, les costumes (dont ces masques formidables qui caractérisent le personnage d’Edouard!) et les mouvements de caméra et autres cadrages judicieusement travaillésAu Revoir Là-Haut est incroyablement beau.

Mais d’une beauté authentique, brute, jamais trop académique comme peuvent parfois l’être certains films américains…

L’histoire qui se déroule sous nos yeux est d’une force et d’une beauté là aussi, mais tout en simplicité, d’où, pour moi, ses airs de conte… Il y est question de la tragédie de la guerre, de famille, de lutte des classes, d’amitié, d’amour et de souffrance sublimée. Et il me semble qu’Albert Dupontel a su parler de choses graves avec légèreté et intelligence.

À noter que ce récit n’appartient pas seulement à Albert Dupontel vu qu’il s’agit d’une adaptation du roman éponyme de Pierre Lemaitre, primé par le Prix Goncourt en 2013 et que je me suis empressée de mettre sur ma liste de romans à lire.

Cela dit, je crois que le film semble être assez fidèle au texte, si j’en crois l’auteur et je vous enjoints d’ailleurs chaleureusement à écouter le podcast de l’émission On Aura Tout Vu, sur France Inter, où Albert Dupontel et Pierre Lemaitre ont été invités à parler d’Au Revoir Là-Haut il y a quelques semaines et où ils m’ont tous deux paru faire preuve d’une grande complicité et connivence.

Enfin, un dernier mot sur un aspect qui est (à mon sens) très important dans un film: la bande originale. Sans grande surprise, elle est parfaite ici – composée par Christophe Julien, oscillant entre mélancolie et légèreté, elle accompagne à merveille le récit, et depuis que je suis sortie du cinéma, je ne me lasse pas de l’écouter!

Vous l’aurez sans doute compris, j’ai aimé Au Revoir Là-Haut de tout mon cœur et je pourrais sans doute en parler encore longtemps. Il fait partie de ces rares films dont je parle à tout mon entourage, avec un enthousiasme sincère et des étoiles dans les yeux…

Il fera sans doute partie des films que j’aurai préféré cette année, et je ne crois pas que depuis La La Land, mon cœur ait ressenti autant de choses au cinéma. 

Et vous, avez-vous vu Au Revoir Là-Haut ? Qu’en avez-vous pensé si c’est le cas ?

Sur ces paroles exaltées, je vous souhaite une très belle journée et vous dis à très vite!

+ Si vous avez vu le film, je vous conseille l’excellente vidéo du Fossoyeur de Films qui parle très, très bien d’Au Revoir Là-Haut et du pouvoir du cadrage dans un film (et celui-ci en particulier).


Si vous avez aimé me lire, vous pouvez me le faire savoir, sans même commenter, en cliquant sur le   situé sous cet article – merci!

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15 Commentaires

  • Répondre Julia_dhz 16 novembre 2017 at 10 h 40 min

    Un petit cœur accompagné d’un petit commentaire, sous cet article, qui décrit parfaitement ce que j’ai moi aussi ressenti en voyant de film… Beau, beau, comme un poème ! Et j’ai été, en ce qui me concernz, particulièrement émue / touchée par le jeu d’actrice de l’adorable Héloïse Balster…

    Et il fallait que je te dise également : si tu en as l’envie, et le temps, continue, continue, à nous parler de cinéma, car, tu le fais si bien ! ;-) J’aime beaucoup, beaucoup tes analyses, et ta plume !

    Des bisous, jolie Yasmine.

    • Répondre Laurelas 18 novembre 2017 at 17 h 43 min

      Moh c’est gentil <3 mais j’écris moins sur des films ces temps-ci car 1) je vais moins au ciné qu’avant (enfin avant = le temps des études, donc ça date déjà un peu) 2) je ne vois pas aussi souvent de films qui me touchent autant

      Bisous <3

  • Répondre Ocilia 16 novembre 2017 at 10 h 42 min

    J’ai failli le louper aussi. La bande annonce ne me tentait pas du tout.

    C’est le titre qui m’a fait y aller. Parce que je ne sais pas. Ça fait des années que je m’arrête sur ce livre dans les librairies. le titre me parait toujours si joli, si poétique… Je ne l’ai jamais lu, pourtant.

    Je suis sortie du cinéma incapable de parler. D’habitude je bavasse continuellement. Là, je n’avais plus de mots. C’était juste beau. Tout était beau. L’histoire, la mise en scène, les acteurs, leur façon de jouer, les costumes, les masques. Ce film est beau de toutes les manières possibles.

    Depuis je suis comme toi, je dis à tout le monde qu’il faut y aller. Qu’on ne peut pas rater ce film.

    • Répondre Laurelas 18 novembre 2017 at 17 h 42 min

      Tu as tout dit. Je n’en pense pas moins et en sortant du cinéma, comme toujours après un film que j’ai vu seule + adoré, j’étais dans un sorte de coton tout doux.. et j’ai de suite replongé mes oreilles dans son univers en écoutant la BO :)

  • Répondre Corentine 16 novembre 2017 at 11 h 08 min

    J’ai tout d’abord adoré le roman, l’un de mes préférés de ces dernières années, qui m’a fait découvrir Pierre Lemaitre dont j’ai ensuite lu toute l’oeuvre (brillante !). J’ai tout autant apprécié le film qui m’a fait pleurer comme rarement au cinéma. Je savais qu’il me plairait. Dupontel et Lemaitre ça matche tellement bien ensemble ! Je suis émue de lire autant d’avis élogieux de personnes qui n’ont pas lu le livre. J’ai envie de leur dire, lisez-le ! Car même si l’adaptation est plutôt fidèle (quoique, des éléments cruciaux ont été modifiés) il faut découvrir le livre, c’est impératif ! Les deux sont complémentaires, et c’est assez rare pour être souligné, et applaudi ! :) :)

    • Répondre Laurelas 18 novembre 2017 at 17 h 40 min

      Ah, tu m’as encore plus donné envie de lire le livre! :D

  • Répondre Aurore 16 novembre 2017 at 11 h 59 min

    La réalisation est d’une très grande maîtrise formelle mais aussi pleine de poésie. Tu en parles d’ailleurs très bien quand tu évoques les cadrages.
    C’est un très beau flm populaire, il n’y a pas de doute.
    Belle journée !

    • Répondre Laurelas 18 novembre 2017 at 17 h 40 min

      Merci :) as-tu vu la vidéo du Fossoyeur pour le cadrage? Ça éclaire pas mal sur cet art de la prise de vue. Belle soirée à toi!

  • Répondre Ornella 16 novembre 2017 at 12 h 47 min

    Moi qui n’aime pas habituellement Dupontel, je dois dire que là, il m’a émue du début à la fin. Son côté patot, complètement à l’ouest et loyal m’a séduite. J’ai eu un énorme coup de coeur pour ce film aussi, je comptais en parler aussi sur mon site. Mais le temps passe… En fait, j’y suis allée parce que je sentais que ça allait être bien alors que je n’aime pas les films dont le décor correspond aux guerres. Et pourtant…

    • Répondre Laurelas 18 novembre 2017 at 17 h 39 min

      Je ne suis pas attirée outre-mesure par les récits de guerre (avant, pendant, après…) et encore moins pas ceux qui se jouent durant la Première Guerre Mondiale, mais heureusement ça ne m’a pas arrêtée ici aussi (et de toute façon ça n’y joue que très peu de temps)

  • Répondre Isis 16 novembre 2017 at 16 h 48 min

    Excellente critique, qui donne très envie de voir le film <3

    • Répondre Laurelas 18 novembre 2017 at 17 h 35 min

      Merci <3 il est tellement bien!

  • Répondre Djul L 18 novembre 2017 at 18 h 10 min

    As tu vu un long dimanche de fiançailles ? Il ya le même côté suranné, poétique que dans Au revoir la haut… J’ai donc bien sûr adoré. Autre film de ce genre à conseiller?

    • Répondre Laurelas 18 novembre 2017 at 18 h 30 min

      Oui je l’avais vu à l’époque, mais je n’en ai pas un souvenir aussi fort.. Il est beaucoup moins fantasque qu’Au Revoir Là-Haut, beaucoup plus dramatique, dans mes souvenirs du moins :)
      Et comme je disais plus haut, les films qui jouent à l’époque de la Première Guerre, ce n’est pas trop ma tasse de thé habituellement, alors je n’ai pas vraiment d’autre film en tête pour l’instant.. désolée!

  • Répondre Links I Love #157 - Whatever WorksWhatever Works 22 novembre 2017 at 10 h 00 min

    […] suis aussi allée au cinéma et y ai vu Au Revoir Là-Haut, dont je vous ai déjà parlé (et que j’ai aimé, follement) mais aussi Le Musée des Merveilles… qui ne m’a […]