Loving

Septième Art 17 février 2017 Laisser un commentaire

Loving

Depuis que j’ai vu La La Land (deux fois), je n’étais pas retournée au cinéma. Et puis je suis allée voir Loving. Et encore une fois, je me suis félicitée de mon choix de film.

À vrai dire, il n’y a pas grand chose qui me semble valoir le coup, en ce moment, au cinéma (mais dites-moi si je me trompe) – du coup, j’étais même un peu sceptique en lisant le synopsis de Loving. Enfin ça c’était jusqu’à ce que je voie que c’était un film réalisé par Jeff Nichols. 

Mais si, vous savez, celui qui a réalisé Take Shelter, Midnight Special et Mud (que je n’ai pas vu). Le réalisateur dont l’acteur fétiche est le fascinant Michael Shannon. Ça ne vous dit rien? Si tel est le cas, je vous invite à vous intéresser à sa filmographie, ça vaut le coup d’œil, croyez-moi!

Ici, Jeff Nichols se frotte à l’exercice du biopic, en adaptant à l’écran l’histoire de Mildred (Ruth Negga) et Richard Loving (Joel Edgerton), un couple interracial qui se marie en plein cœur d’une Amérique ségrégationniste… Sauf que l’état de Virginie, où ils vivent, condamne de telles unions et les force à quitter ce dernier sous peine d’encourir de la prison. Mais c’est sans compter sur leur détermination à faire valoir leurs droits.

Loving

J’avais peur de plusieurs choses en lisant le synopsis de Loving pour la première fois – j’avais peur d’un récit trop romancé, peut-être sirupeux, où le pathos serait roi. Si vous partagez ces craintes, soyez rassurés, ce film n’est rien de tout cela.

Dans le difficile exercice qu’est le biopic, Nichols a réussi à faire de l’histoire de Mildred et Richard quelque chose d’intime et de sobre, une histoire personnelle inscrite à jamais dans l’histoire tout-court, mais une histoire personnelle avant tout. Ici, les enjeux politiques de leur union ne sont que secondaires et on s’intéresse à quelque chose de plus profond.

C’est clairement visible à travers les regards, les silences et le cadrage (très serré) de la caméra notamment. L’émotion est brute, les sentiments vrais, mais sans exagération et sans pathos (dieu merci).

Tout ceci est également possible grâce aux talents d’acteurs de Joel Edgerton, dans une performance tout en retenue et en sensibilité, et de Ruth Negga, superbe dans un rôle déterminé et déterminant. La force des regards de Joel Edgerton, par ailleurs plutôt bourru et introverti, est assez incroyable. On retrouve aussi brièvement Michael Shannon dans un rôle secondaire qui ne manque pourtant pas de force.

Dans Loving, comme dans ses films précédents, on retrouve des thèmes chers à Jeff Nichols : l’oppression sociale, clairement représentée par le racisme normalisé de l’époque, le thème de la paternité et de la filiation, ainsi que la paranoïa, incarnée par l’inquiétude constante de Richard Loving.

Le rythme du film est assez lent (peut-être trop pour certains) mais la gestion du temps est, à mon avis, tout à fait maîtrisée. Les ellipses narratives sont suffisamment subtiles pour ne pas déranger le récit et la narration est incroyablement fluide – ce qui n’est pas toujours évident dans le cadre d’un biopic!

On retrouve aussi une certaine tension, comme une sorte d’inquiétude qui accompagne le récit… C’est un sentiment diffus et subtil, qui n’est pas désagréable mais qui suffit pourtant à tenir en haleine, ne serait-ce qu’un peu et juste assez pour se sentir proche des personnages et de leur histoire.

Je trouve vraiment remarquable que Jeff Nichols, à travers des films aux problématiques et aux genres très différents, arrive à raconter quelque chose d’intime, toujours avec beaucoup de sobriété en employant des thèmes et des motifs récurrents. Une fois plongé dans l’univers de Jeff Nichols, impossible de ne pas reconnaître sa patte.

Évidemment, on reconnaît aussi ses films grâce à ses collaborateurs – les acteurs Michael Shannon et Joel Edgerton, le compositeur David Wingo ou encore Adam Stone à la photographie pour ne citer qu’eux…

Enfin, je m’égare un peu, mais tout ça pour vous dire que j’ai beaucoup aimé Loving. Pour la simplicité et la force de son propos, pour sa sobriété et son atmosphère intime. Mais aussi pour son portrait d’homme sensible (et qui a le droit de l’être!) à travers le personnage de Richard Loving. (J’ai vu le documentaire The Mask we Live In récemment, ça m’a marqué.)

Et puis tout simplement parce que je crois que j’aime beaucoup le cinéma de Jeff Nichols. 

Je vous le conseille vivement! Mais peut-être l’avez-vous déjà vu? N’hésitez pas à me faire part de vos impressions!

Quant à moi, il ne me reste qu’à vous souhaiter un très beau week-end ♡


Si vous avez aimé me lire, vous pouvez me le faire savoir, sans même commenter, en cliquant sur le situé sous cet article – merci!

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5 Commentaires

  • Répondre Pauline 17 février 2017 at 10 h 34 min

    Ce film est sur ma to-see list depuis que j’ai vu la bande-annonce au cinéma (avant La La Land :D) et que j’ai failli verser ma larmichette. (oui je suis comme ça)
    Je te conseille de voir Mud, il m’a vraiment chamboulée et il y a le très très charmant Matthew McConaughey dedans quand même, ça vaut le détour ♥
    En tout cas la semaine prochaine sera dédiée au cinéma, donc j’irai voir Loving, Jackie et aussi le film Lego Batman (parce que j’aime bien être un bébé des fois).
    Merci pour ton avis sur ce film, ça me donne encore plus envie de me précipiter le voir !
    Bises ♥

  • Répondre Aurore 17 février 2017 at 11 h 47 min

    Je l’ai vu hier et j’ai le même ressenti que toi. Je trouve aussi que l’on reconnait sa patte à travers des sujets pourtant tjs extrêmement différents !

  • Répondre Mona 20 février 2017 at 12 h 03 min

    Bonjour Yasmine,
    je l’ai vu hier soir et j’ai vraiment beaucoup aimé. C’est un film magnifique, très sobre et très dans la retenue, avec des acteurs parfaits et une réalisation tout aussi parfaite. Comme toi je suis fan de Jeff Nichols, ce réalisateur est incroyable.
    Merci pour ta critique !

  • Répondre Cassoco 20 février 2017 at 18 h 12 min

    Bonjour,
    J’avais envie d’aller le voir, tout en ayant les mêmes craintes que toi, mais là, c’est sur, je le mets tout en haut de ma liste « à voir sans tarder ». Un grand merci.

    Dans un genre radicalement différent, j’ai aimé « Il a déjà tes yeux », une comédie certes, mais pas que, loin de là. Un joli film qui prête à réfléchir et dont nous sommes ressortis en pleurs …pas de tristesse, mais d’émotion (entre 2 rires).
    Et j’ai détesté (c’est rare) « Rock’n roll », film pathétique tant il est raté à mon goût, en dépit d’une clique de bons acteurs et d’une idée de départ qui aurait pu donner un film original et sympa. Une grosse déception tant j’avais aimé « Les petits mouchoirs »…

  • Répondre Links I Love #132 - Whatever WorksWhatever Works 21 février 2017 at 10 h 00 min

    […] semaine qui vient de s’écouler aura brillé par son calme. J’ai eu le temps de retourner au cinéma, de commencer un nouveau livre (le deuxième tome de la saga de La Passe-Miroir de C. Dabos, […]