Birdman: Or (the unexpected virtue of ignorance)

Septième Art 12 mars 2015 Laisser un commentaire

Birdman

Une semaine après l’avoir vu, suis-je vraiment en mesure de vous parler de Birdman comme il le faudrait? Rien n’est moins sûr.

Incroyablement riche et complexe, Birdman est un film qui ne laisse pas indifférent, ça c’est certain. Je suis ressortie de la salle de cinéma un peu désorientée et perplexe, même si ce que j’avais vu à l’écran durant près de deux heures ne m’a pas déplu, loin de là.

Je vous en dis plus juste après, mais remettons d’abord les choses dans leur contexte.

Dans Birdman on suit Riggan Thomson (Michael Keaton), ex-star de film de superhéros qui tente de revenir sur le devant de la scène en adaptant une pièce à Broadway. On rencontre successivement sa fille (Emma Stone), fraîchement sortie de centre de désintoxication, son agent (Zach Galifianakis)… et son acteur vedette, le pédant Mike Shiner (Edward Norton).

On suit les quelques journées qui précèdent la grande première de la pièce, entre coups d’éclat, problèmes de famille et d’égo – mais est-ce que Riggan en sortira indemne?

Birdman

Difficile de décrire Birdman en un mot. Ce n’est ni vraiment une comédie, ni tout à fait un drame et l’onirisme, le fantastique ne sont jamais très loin non plus.

Iñárritu livre ici une féroce critique d’Hollywood, de ses acteurs et leurs égos surdimensionnés, mais aussi de Broadway, de ses comédiens pédants et de la critique qui se croit toute-puissante – tout le monde en prend pour son grade, et même les réseaux sociaux et leur omniprésence sont critiqués.

C’est un peu cynique au fond, et c’est assez ironique d’avoir décerné l’Oscar du Meilleur Film à un film qui a pris tant de plaisir à malmener l’image d’Hollywood.

Malgré des techniques qui donnent une impression d’unité et de continuité au film, notamment le faux plan-séquence ou encore le fait que toute l’intrigue se passe dans un espace relativement réduit qu’est le théâtre, Birdman est un film profondément complexe qui dispose de plusieurs niveaux de lecture et qui joue grandement sur l’intertextualité.

Comment ne pas remarquer l’ingénieuse (bien que pas du tout subtile) mise en abyme qui s’opère entre le personnage de Riggan, star déchue et Michael Keaton, lui-même ex-star de Batman?

Si Riggan est interprété avec brio par Michael Keaton, tout en sincérité et énergie, les autres personnages, davantage en retrait, ne sont pourtant pas moins brillants. Edward Norton est très drôle et très juste, sans jamais trop en faire, dans la peau de cet acteur cynique qui n’est lui-même que sur scène.

Quant à Emma Stone, pleine d’énergie mais torturée, elle apporte un peu de fraicheur à l’intrigue. En revanche, le personnage de Naomi Watts aurait mérité davantage de profondeur je trouve, mais c’est comme ça, tous les personnages secondaires ne peuvent pas être réussis!

Techniquement parlant, le faux plan-séquence d’Iñárritu est une belle réussite, contribuant sans doute à cette impression de vertige que j’ai pu ressentir par moments, tout en incarnant à merveille cette idée qui se retrouve au cœur même du film: la suppression des frontières.

On parle ici des frontières entre le réel et l’imaginaire et entre la scène et les coulisses notamment. Et c’est tout à fait brillant d’avoir pu réunir le fond et la forme dans un film qui oscille entre unité et fragmentation.

La musique qui accompagne Birdman, une batterie qui s’emballe parfois, simplement ponctuée de morceaux classiques lors de rares scènes, renforce quant à elle le côté fiévreux du film et donne le ton tout au long de l’intrigue.

Je ne vous ai même pas parlé de la fin (faussement) ouverte du film qui permet toutes les interprétations possibles mais qui, personnellement, me laisse encore perplexe aujourd’hui…

Quand je vous disais que c’est un film riche et complexe, qui mérite qu’on s’y intéresse de plus près, je ne vous mentais pas. Je pense même qu’il mériterait un second visionnage pour mieux le comprendre et saisir les différentes nuances de son propos… (Je ne serais pas surprise de voir des étudiants choisir ce film comme sujet de mémoire d’ailleurs.)

Birdman est, quoi qu’il arrive, un film ambitieux, parfaitement mis en scène et au casting impressionnant de qualité et de justesse. À voir, car il ne vous laissera certainement pas indifférent!

Et vous, vous avez vu Birdman? Qu’en avez-vous pensé? Sinon, comptez-vous aller le voir? N’oubliez pas de cliquer sur le petit cœur en bas de l’article si vous avez aimé ce que vous avez lu ici!

Si vous souhaitez pousser la réflexion un peu plus loin, après avoir vu le film, je vous recommande l’après-séance du Fossoyeur de Films, qui parle avec beaucoup de justesse et bien mieux que moi de toutes ces problématiques qui n’ont pas forcément été relevées par la critique, au sens général du terme. Et c’est très intéressant. 

Je vous souhaite une belle journée et vous dis à très vite!

10

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