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Septième Art

Au Revoir Là-Haut, ou quand le cinéma touche la magie du doigt

Septième Art 16 novembre 2017 Laisser un commentaire

Et dire que j’ai failli passer à côté d’Au Revoir Là-Haut, dont l’affiche ne m’avait fait ni chaud ni froid la première fois qu’elle m’était apparue, au coin d’une avenue…

Fort heureusement, grâce à la curiosité de mon entourage à l’égard de ce film, j’ai fini moi aussi par m’y intéresser, à regarder la bande-annonce, puis, un soir pluvieux, un soir heureux, à me rendre au cinéma le plus proche pour me laisser emporter. Ç’eut été bien triste de manquer un tel film, foi de rêveuse!

Mais d’abord, petit retour sur son synopsis… Le film nous emmène en 1919, juste après la Première Guerre Mondiale, la Grande Guerre qui a laissé derrière elle bon nombre de gueules cassées, au propre comme au figuré. Et c’est justement deux d’entre eux que nous rencontrons ici: Edouard Péricourt, jeune talent du dessin, mutilé de guerre et ayant fui sa famille aisée, et Albert Maillard, modeste comptable.

Leur amitié a commencé dans les tranchées et se poursuit à Paris, où ils décident de monter une arnaque aux monuments aux morts à grand renfort de fantaisie et d’ingéniosité

Avec ses allures de conte, alliant merveilleux et tragédie, ce n’est pas très étonnant qu’Au Revoir Là-Haut m’ait tellement plu…

Après tout, c’est un film qui réunit à peu près tout ce j’aime: l’ambiance fantasque des années folles, l’émotion propre aux belles histoires, l’humour innocent et léger, la photographie surannée à souhait et la magie, merveilleuse et malicieuse (qui ne fait pourtant pas appel au fantastique ici).

Doucement, mais sûrement, le film a su me toucher en plein cœur et je dois bien dire que le talent des acteurs y est pour beaucoup.

Il y a d’abord Nahuel Perez Biscayart (déjà adoré dans 120 Battements par Minute il y a quelques mois) dont la complexité d’un rôle quasiment muet ne l’a pas rendu moins brillant – au contraire! Difficile de rester de marbre face à ses grands yeux bleus, si expressifs… Je l’ai trouvé incroyable, tout simplement.

Mais Albert Dupontel n’est pas en reste dans le registre de l’émotion, loin de là. Sa maladresse, ses hésitations… son humanité, finalement, en font un personnage extrêmement attachant et drôle qui, lui non plus, ne laisse pas indifférent. (Et chapeau bas, parce que j’imagine qu’être à la fois acteur principal et réalisateur ne doit pas être une mince affaire, or, ni le jeu de l’un, ni la réalisation de l’autre ne semblent en pâtir.)

Sans oublier Laurent Laffite (Pradelle), parfait en odieux personnage que l’on aime détester, Niels Arestrup (Marcel Péricourt) le patriarche sévère mais touchant malgré tout ou encore la jeune Héloïse Balster (Louise) à l’énergie enfantine qui apporte de la légèreté et de l’espièglerie à l’ensemble.

Évidemment, quand je repense à Au Revoir Là-Haut, parmi les choses qui m’ont le plus frappé, je repense à l’image et à tout ce qui fait de ce film une merveille visuelle.

Entre la photographie aux tons un peu désuets (qui rappelle d’ailleurs un peu l’univers des films de Jean Pierre Jeunet), les superbes décors, soignés sans être trop lisses, les costumes (dont ces masques formidables qui caractérisent le personnage d’Edouard!) et les mouvements de caméra et autres cadrages judicieusement travaillésAu Revoir Là-Haut est incroyablement beau.

Mais d’une beauté authentique, brute, jamais trop académique comme peuvent parfois l’être certains films américains…

L’histoire qui se déroule sous nos yeux est d’une force et d’une beauté là aussi, mais tout en simplicité, d’où, pour moi, ses airs de conte… Il y est question de la tragédie de la guerre, de famille, de lutte des classes, d’amitié, d’amour et de souffrance sublimée. Et il me semble qu’Albert Dupontel a su parler de choses graves avec légèreté et intelligence.

À noter que ce récit n’appartient pas seulement à Albert Dupontel vu qu’il s’agit d’une adaptation du roman éponyme de Pierre Lemaitre, primé par le Prix Goncourt en 2013 et que je me suis empressée de mettre sur ma liste de romans à lire.

Cela dit, je crois que le film semble être assez fidèle au texte, si j’en crois l’auteur et je vous enjoints d’ailleurs chaleureusement à écouter le podcast de l’émission On Aura Tout Vu, sur France Inter, où Albert Dupontel et Pierre Lemaitre ont été invités à parler d’Au Revoir Là-Haut il y a quelques semaines et où ils m’ont tous deux paru faire preuve d’une grande complicité et connivence.

Enfin, un dernier mot sur un aspect qui est (à mon sens) très important dans un film: la bande originale. Sans grande surprise, elle est parfaite ici – composée par Christophe Julien, oscillant entre mélancolie et légèreté, elle accompagne à merveille le récit, et depuis que je suis sortie du cinéma, je ne me lasse pas de l’écouter!

Vous l’aurez sans doute compris, j’ai aimé Au Revoir Là-Haut de tout mon cœur et je pourrais sans doute en parler encore longtemps. Il fait partie de ces rares films dont je parle à tout mon entourage, avec un enthousiasme sincère et des étoiles dans les yeux…

Il fera sans doute partie des films que j’aurai préféré cette année, et je ne crois pas que depuis La La Land, mon cœur ait ressenti autant de choses au cinéma. 

Et vous, avez-vous vu Au Revoir Là-Haut ? Qu’en avez-vous pensé si c’est le cas ?

Sur ces paroles exaltées, je vous souhaite une très belle journée et vous dis à très vite!

+ Si vous avez vu le film, je vous conseille l’excellente vidéo du Fossoyeur de Films qui parle très, très bien d’Au Revoir Là-Haut et du pouvoir du cadrage dans un film (et celui-ci en particulier).


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Mary

Septième Art 17 septembre 2017 Laisser un commentaire

C’est toujours une chouette sensation que de sortir du cinéma après avoir vu un film bien choisi – c’est ce que j’ai ressenti après avoir vu Mary (Gifted en VO), un film dont la bande-annonce m’avait séduite et qui semblait promettre un joli moment de cinéma. Promesse tenue.

Il s’agit d’une histoire relativement simple (et souvent les choses les plus simples sont les plus belles) où l’on rencontre Mary (Mckenna Grace), une enfant surdouée dans le domaine des mathématiques, élevée par son oncle Frank (Chris Evans).

Son premier jour d’école sera décisif et entraînera la suite des évènements qui conduiront notamment la fillette à rencontrer sa grand-mère, Evelyn (Lindsay Duncan).

Je crois que ça fait longtemps que je n’avais vu un film aussi touchant et sincère, tout en simplicité.

L’intrigue se porte sur le sujet des enfants surdoués et des problématiques d’éducation qui en découlent, caractérisés par Frank et Evelyn, aux visions et ambitions diamétralement opposées – faut-il isoler et mettre les meilleurs outils d’apprentissage à disposition d’un enfant surdoué, ou le laisser vivre une enfance « normale » ?

Si le film évoque brillamment ces questions, il n’a pas vocation d’y apporter une réponse définitive (existe-t-il seulement une seule réponse à de telles problématiques?) et aura plutôt à cœur de traiter les sentiments et émotions des protagonistes, offrant une vision plus humaniste de la question… ce qui en fait une œuvre sincère et authentique. 

La relation entre Frank et Mary, plus proche d’une amitié très forte que d’une relation père-fille, est éminemment touchante et belle. La jeune Kckenna Grace est incroyable de justesse, oscillant remarquablement entre la vivacité enfantine propre à son âge (le personnage de Mary a sept ans) et le sérieux d’un génie des mathématiques.

Quant à Chris Evans, je dois dire que sa prestation m’a beaucoup impressionnée (mon préjudice est lié à son rôle de Captain America, qui ne lui laisse pas beaucoup de marge de manœuvre côté jeu d’acteur). Il incarne le rôle de l’oncle inquiet de vouloir bien faire avec beaucoup de sobriété et d’émotion. (Et puis il faut bien le dire, il est très charmant.)

Mary est tout simplement un film d’une grande douceur, qui provoque tour à tour rires et larmes aux yeux et qui est plein de bons sentiments tout en évitant brillamment l’écueil de la niaiserie. 

Visuellement, le film nous berce par ses couleurs chatoyantes et ensoleillées (on est en Floride ici) et se distingue par des scènes d’une grande beauté, aussi bien dans le fond que dans la forme (je pense ici à cette magnifique scène à la plage, d’une sobriété et douceur inouïe et qui m’a beaucoup émue).

Quant à la bande-son, entre la délicatesse des accords de piano composés par Rob Simonsen et les morceaux folk distillés çà et là, elle accompagne parfaitement l’intrigue qui se déroule sous nos yeux.

Ah et j’oubliais! La relation entre Mary et son chat borgne, Fred, est à la fois une des choses les plus mignonnes et drôles du film et si ça peut paraître insignifiant, cette relation aura toute son importance à un moment-clef du film… (Je ne veux point trop vous en dire, mais en amoureuse des félins que je suis, ça m’a fait chaud au cœur.)

Je crois sincèrement que Mary est de ces films tout simplement beaux, qui ne peuvent que vous toucher en plein cœur. Si son intrigue ne semble particulièrement universelle (les enfants surdoués, ça ne court pas les rues après tout) c’est pourtant un film qui devrait chatouiller la sensibilité de tout le monde, car le film va au-delà du sujet initial.

Vous vous en doutez, je vous le conseille vivement – c’est un film parfait pour l’automne, pour une fin d’après-midi pluvieuse et dont vous ressortirez le cœur gonflé d’émotion et avec le sourire. Promis.

Est-ce que vous avez déjà vu Mary? Vous ai-je donné envie de le voir, peut-être?

Je vous souhaite une belle fin de journée et vous donne rendez-vous mardi pour ma sélection hebdomadaire de « Links I Love » !


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120 Battements par Minute

Septième Art 27 août 2017 Laisser un commentaire

Qui dit retour de vacances, dit aussi retour au cinéma, et je ne pouvais pas ne pas vous parler de 120 Battements par Minute, Grand Prix au dernier Festival de Cannes et surtout grand film dont je suis ressortie complètement chamboulée. 

Peut-être même que je serais passée à côté, si je n’avais pas été entrainée au cinéma par cette copine revue presque par hasard ce jour-là, à cause de ma propension à préférer les films anglo-saxons et à reculer (parfois) devant les films qui me semblent trop difficiles à regarder. Mais le hasard existe-t-il seulement? (Je ne suis pas si sûre.)

Si, comme moi en ce moment, vous n’êtes pas tout à fait au fait de l’actualité cinématographique, un petit rappel du synopsis de 120 Battements par Minute s’impose.

On y suit, au début des années 90′, les actions menées par les militants d’Act Up pour lutter contre l’épidémie du sida, mais surtout pour lutter contre l’indifférence générale face à une maladie qui ronge et prend de l’ampleur. Mais c’est aussi l’histoire de Nathan, nouveau venu au sein de l’association, et de Sean, au militantisme fiévreux.

Ma copine m’avait prévenue: « Le film dure plus de deux heures, et n’oublie pas tes mouchoirs. »

Cet avertissement ne m’a pas empêché de ne pas du tout voir le temps passer (et de sangloter doucement à quelques reprises). Mais comment vous raconter un film aussi fort, aussi beau et aussi nécessaire que 120 Battements par Minute?

C’est un film rythmé par les actions militantes d’Act Up, puissantes, engagées et qui tâchent – on retrouve aussi le groupe dans leurs RH (réunions hebdomadaires) et on constate amèrement qu’il y a trente ans, la lutte contre le sida semblait menée face à une société qui était bien heureuse d’ignorer la réalité de la maladie et bien indifférente aux messages de prévention nécessaires et pourtant absents.

Ça semble fou, quand, comme moi, on fait partie de la génération qui a grandi avec une conscience du sida, des messages de prévention à chaque coin de rue et des dépistages facilités. (Même s’il reste toujours du chemin à parcourir, mais ceci est une autre histoire.)

Mais si c’est un film de groupe au premier abord, il s’attarde doucement sur l’individu, et on est très vite subjugué par le personnage de Sean (Nahuel Perez Biscayart), jeune homme presque androgyne, à l’énergie nerveuse, faussement cynique et par sa relation avec Nathan (Arnaud Valois) qui prend peu à peu une tournure centrale dans l’intrigue.

Leur histoire m’a beaucoup touchée, il y avait quelque chose de très beau, d’authentique et d’intime distillé à travers leurs scènes. Et leur scène d’amour, à la fois crue et sensuelle était pleine d’un naturel qui manque parfois à ce type de moments au cinéma.

Et puis il y a toutes ces scènes de transition, les « métamorphoses » du virus en images de synthèse, l’exaltation des scènes en boîte de nuit filmées avec beaucoup d’onirisme et puis cette Seine rougie… Autant de moments qui sont comme une pause avant de reprendre sa respiration.

Le film aurait pu être un enchevêtrement maladroit de scènes mal accordées, mais le montage est absolument parfait. On passe de la narration de groupe à l’histoire individuelle sans maladresse, le rythme est soutenu, mais laisse tout de même de la place à l’émotion sans que celle-ci ne verse dans le pathos larmoyant. (Et pourtant, qu’est-ce qu’on chiale devant ce film.)

Je ne l’ai dit qu’à demi-mot, mais les acteurs de 120 Battements par Minute sont tous plus fantastiques les uns que les autres, et particulièrement Nahuel Perez Biscayart qui m’a beaucoup touché (et qui m’a tout de suite tapé dans l’œil pour sa ressemblance avec quelqu’un que j’ai connu et adoré). Il écrase tout par sa formidable présence et c’est, pour moi, la grande révélation du film. 

On retrouve aussi dans le film Adèle Haenel, dans un rôle un peu moins présent à l’écran et pourtant percutant et énergique. Il me semble que tous les acteurs ont été poussés par une énergie folle et qu’ils ont tous pris plaisir à prendre part à ce film – et ça se sent, ça se voit.

Le plaisir, l’énergie d’une jeunesse en colère, l’amour et la légèreté côtoient la mort, la maladie et la peur, dans ce film à la fois beau et triste, mais résolument percutant et important.

Et comme souvent un dernier mot sur la bande originale qui est très électronique et donc parfaite pour accompagner l’énergie fiévreuse du film. 

Vous l’aurez compris, je vous conseille vivement d’aller voir 120 Battements par Minute et de vous laisser entraîner par son énergie communicative: il devrait vous toucher en plein cœur et c’est en tout cas tout le mal que je vous souhaite.

L’avez-vous déjà vu? Qu’en avez-vous pensé?

Je vous souhaite un très beau dimanche et vous dis à très vite!

+ L’association Act Up est de nos jours dans une certaine difficulté financière alors si le sujet vous touche, je vous invite à vous rendre sur leur site et vous informer sur les moyens de la soutenir. 


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My Cousin Rachel

Septième Art 30 juillet 2017 Laisser un commentaire

Me voilà retournée au cinéma, cette fois pour voir My Cousin Rachel, l’adaptation du roman du même nom de Daphne du Maurier, qui est également le dernier livre que j’ai terminé (et dont je vous parlerai quand j’aurai enfin pris le temps de vous parler des livres que j’ai lus ces derniers mois…).

Je suis sortie de la salle assez troublée par un film dont je connaissais pourtant le dénouement, à tel point que ça me donne à reconsidérer ce que j’ai « compris » du roman quand je l’ai refermé il y a quelque temps. Et rien que pour ça, je dois dire que le film est une réussite, malgré ses faiblesses…

Peut-être qu’une petite mise en situation s’impose, afin que vous sachiez, ne serait-ce qu’un peu, de quoi parle My Cousin Rachel?

On y suit Philip (Sam Claflin), un jeune homme qui apprend la mort de son cousin Ambrose, qui l’a élevé et qu’il considère comme son père, en Italie, peu de temps après avoir épousé sa cousine Rachel (Rachel Weisz). Bien décidé à la rendre responsable de la mort de ce dernier, Philip va vouer une certaine haine à l’égard de Rachel… Jusqu’à ce qu’il la rencontre alors que celle-ci se rend en Angleterre. 

Il est finalement assez rare que je lise un livre avant de voir son adaptation au cinéma. Je vous l’ai déjà répété un bon nombre de fois, mais je préfère souvent procéder à l’envers: lire un livre suite au visionnage de son adaptation. La richesse d’une œuvre littéraire est souvent mieux appréciée après avoir vu une adaptation qui peut faire office d’avant-goût, plus ou moins réussi, du moins dans mon cas.

Quoi qu’il en soit, ici, une fois n’est pas coutume, je venais de finir le livre de Daphne du Maurier, peu avant d’aller voir le film au cinéma – l’histoire et ses implications, ainsi que l’idée que je me faisais des personnages étaient encore tout frais dans mon esprit.

Évidemment, beaucoup de choses diffèrent du livre dans ce film, de nombreux éléments ont été occultés, modifiés, voire rajoutés – ce n’est peut-être pas très intéressant de s’attarder sur la fidélité avérée (ou non) du film d’ailleurs, mais si ça vous intéresse, sachez que le film reste relativement fidèle au livre.

Cela dit, il m’a semblé voir en My Cousin Rachel à l’écran, une lecture différente de celle que j’avais eue devant mon livre. Sans trop en dévoiler, j’ai trouvé assez intéressant ce sorte de parti-pris du film à raconter une interprétation possible, tout en laissant grandement planer le doute…

Car l’histoire c’est bien ça: Rachel est-elle coupable ou non? Et c’est à travers un ton gothique et éminemment mystérieux que le spectateur est laissé face à ses interrogations.

Que ce soit à travers la musique, inquiétante à souhait, ou la photographie que j’ai trouvée très réussie dans ses clairs-obscurs, à la Georges de La Tour, et ses scènes qui semblent uniquement éclairées à la bougie (rappelant d’ailleurs un peu Barry Lyndon) ou encore à travers ses décors poussiéreux et sombres, l’atmosphère est parfaitement gothique – tout ce que j’aime!

Mais au delà de l’aspect visuel inhérent au genre, l’intrigue elle-même relève bien évidemment du gothique. D’un côté, vous avez Philip, un personnage qui n’a jamais réellement côtoyé de femmes, qui a grandi choyé dans un foyer d’homme(s) et qui dégage à la fois de la naïveté et de la brutalité. Et de l’autre vous avez Rachel, sorte de veuve noire à laquelle on prête volontiers une image d’intrigante, de manipulatrice et qui pourtant dégage une grande fragilité.

Difficile à dire qui des deux domine l’autre, domine l’intrigue… Et c’est un peu ce trouble qui subsiste à la fin de ce film. 

Les acteurs sont assez éloquents dans leur manière de s’approprier les personnages – Sam Claflin a brillamment interprété le rôle de Philip, ce jeune homme fougueux, souvent agaçant, charmant au demeurant, mais qui dénote par sa passion, davantage que pour son intelligence dirons-nous… Et si dans le livre, le personnage se cantonne (je trouve) plutôt à cette description, ici, dans le film, Philip a une part d’ombre bien plus exacerbée…

Quant à Rachel Weisz, je l’ai trouvée plus effacée et fragile que l’idée que je m’étais faite de Rachel, mais elle s’illustre tout de même avec brio dans ce rôle ambigu, de femme forte, malgré son apparente fragilité.

Si j’ai apprécié My Cousin Rachel, j’ai tout de même relevé quelques faiblesses, et notamment au niveau de la mise en scène. Le format l’exige, mais tout va un peu « trop » vite pour moi dans l’enchaînement des évènements, et j’ai regretté un manque de lien entre les différentes scènes qu’on nous donne à voir, comme si le film n’était qu’un enchaînement de scènes incapables de former un tout cohérent.

On ne s’attarde pas assez sur les liens que tissent Philip et Rachel, et je pense que si je n’avais pas lu le livre au préalable, je n’aurais pas nécessairement compris ce qu’il se tramait hors-champ…

Ce manque de profondeur est assez paradoxal face au rythme du film qui m’a semblé un peu long par moments. Il en ressort une certaine maladresse, peut-être dans la mise en scène, ou dans le montage, et c’est assez inégal en somme (certaines séquences s’enchaînent parfaitement, d’autres non).

Ah, et contrairement au livre, où le mystère se dissipe assez peu, le film manque parfois de subtilité et est un peu prévisible. De même, les seconds rôles ne sont pas très développés, et c’est un peu dommage…

Finalement, malgré les choses qui m’ont un peu dérangée dans cette adaptation, je reste très marquée par la façon dont le film a mis en lumière l’intrigue, qui diffère quelque peu de ma lecture initiale et sème un peu le trouble dans mon esprit…

C’est sans nul doute un film qui plaira aux amateurs d’intrigues gothiques, de paysages britanniques et de films costumés, mais qui plaira moins au férus d’action! Et si vous avez lu le livre de Daphne du Maurier, je vous conseille d’y jeter un œil, ne serait-ce que pour confronter votre lecture à celle du film.

Avez-vous déjà vu My Cousin Rachel? Qu’en avez-vous pensé si c’est le cas?

Je vous souhaite un beau dimanche!


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Ce qui nous lie

Septième Art 29 juin 2017 Laisser un commentaire

Ce qui nous lie

Incroyable, mais vrai: je reviens un peu vous parler de cinéma, et plus particulièrement de Ce qui nous lie, le dernier film que je suis allée voir.

Ces derniers temps, vous n’êtes pas sans savoir que je ne suis pas allée très souvent au cinéma, et que de façon générale, après mon déménagement, puis mon emménagement (et la grosse fatigue qui en a découlé), entre le boulot et les autres choses de la vie… eh bien le temps m’a filé entre les doigts, et ma propension à vivre au jour le jour s’est accentuée.

Petite digression, tout simplement pour dire que (malgré moi) mes pas ne m’ont pas beaucoup porté dans les salles obscures ces dernières semaines et que ça m’a manqué, voilà tout. (Même si je crois que je n’ai pas loupé de véritables chef d’œuvres, non?)

Bref, quand j’ai vu que Pio Marmai était à l’affiche du dernier film de Cédric Klapisch, je me suis dit que ça serait forcément bien, ne serait-ce qu’un peu…

Dans Ce qui nous lie, on suit Jean (Pio Marmai) qui revient dans sa Bourgogne natale, après dix ans à parcourir le monde, pour rendre visite à son père mourant et retrouver sa sœur Juliette (Ana Girardot) et son frère Jérémie (François Civil). Alors que leur père meurt peu avant les vendanges, cette fratrie va, pendant l’année qui suit, se retrouver, se déchirer, s’aimer et grandir, au rythme des vignes qu’elle cultive…

Ce qui nous lie

Ce qui nous lie est donc une comédie douce-amère qui nous parle de famille, d’héritage et si le film suit une fratrie, il y est surtout question de père(s), de son influence et de son absence, le tout dans l’univers (fascinant, je trouve) du vin.

Le ton est peut-être un peu plus « sérieux » que dans l’Auberge Espagnole par exemple, mais j’ai trouvé le film assez inégal dans son ensemble… Il souffre de quelques longueurs et j’ai trouvé le scénario assez pauvre en réalité – les personnages tournent en rond pendant une grande partie du film, et je dois dire que ça devient un peu lassant à la longue.

Cela dit, la langueur du rythme peut aussi se savourer (comme du bon vin?) et l’on se laisse parfois porter par la beauté des paysages changeants de la Bourgogne à travers les quatre saisons ou encore par le quotidien des personnages, qui semble suffisamment proche du nôtre pour qu’on puisse s’y identifier. C’est aussi un peu ça, le cinéma générationnel de Klapisch: il ne s’y passe pas toujours grand chose, mais on s’y retrouve, plus ou moins…

À noter qu’il y a quelques fulgurances d’humour très réussies (notamment ces deux moments où le personnage incarné par Pio Marmai réecrit les dialogues entre deux autres personnages que l’on aperçoit au loin) et autres moments de légèreté qui rattrapent un peu les faiblesses du scénario.

Bon, et puis il faut dire que ce trio d’acteurs fonctionne plutôt bien – j’aime toujours autant Pio Marmai (que j’avais adoré notamment dans Nos Futurs, rappelez-vous) bien qu’ici c’est la force d’Ana Girardot qui m’a séduite, ainsi que la jeune fougue de François Civil (que j’ai découvert précédemment dans Dix Pour Cent) qui m’a plutôt touchée.

Quant à l’univers viticole, que je connais assez mal il faut bien l’avouer, il était intéressant à découvrir. On suit les différentes étapes de la fabrication du vin, sans trop de détails, mais suffisamment pour comprendre la passion de la terre (et du vin) qu’anime les viticulteurs et autres œnologues.

Ah et dernière chose: la chanson interprétée par Camélia Jordana au générique est assez envoûtante (je l’ai pas mal écoutée en rédigeant cet article).

Si le film semble manquer d’un enjeu plus clair, d’un scénario plus travaillé, il reste plaisant à découvrir pour ses fulgurances d’humour ou de tendresse, et pour tous ceux qui apprécient le cinéma de Klapisch – il ne s’agit pas d’un grand cru, mais il se savoure tout de même lors d’un après-midi pluvieux par exemple!

Et vous, qu’avez-vous pensé de Ce qui nous lie? Partagez-vous mon sentiment un peu mitigé?

Je vous souhaite une belle journée et vous dis à très vite!

+ J’ai aussi vu Wonder Woman il y a quelque temps, et j’ai beaucoup aimé – visuellement très réussi, avec une héroïne forte (forcément) et ça fait du bien, même si Wonder Woman reste une femme trop « lisse » à mon goût…

Avant ça j’ai aussi vu le dernier Pirates de Caraïbes: la Vengeance de Salazar, un divertissement efficace mais qu’on oublie vite, même si j’en garde un meilleur souvenir que les deux opus précédents (et que mon moi nostalgique était ravie de retrouver des personnages du tout premier film..).


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