Une Place sur la Terre

Septième Art 2 septembre 2013 Laisser un commentaire

Une Place sur la Terre

J’ai quand même beaucoup de chance dans mes pérégrinations cinématographiques – j’ai beau choisir mes films souvent par hasard, il m’arrive rarement d’être déçue. Et parfois même, au contraire, je suis touchée en plein cœur par un film, un film dont je ne soupçonnais pas la force.

C’est ce qui m’est arrivé l’autre jour avec Une Place sur la Terre, un film de Fabienne Godet.

Vous savez à quel point j’aime écrire mes critiques à chaud, juste après être sortie de la salle, vite, pour ne pas oublier. Ici, c’était différent.

En sortant du cinéma, j’ai décidé de rentrer à pied, alors qu’en métro où en vélo, j’étais sûre d’être chez moi en dix minutes. Non. J’ai préféré rentrer à pied, emprunter mon chemin préféré, et admirer un coucher de soleil sur le Pont Neuf. Passer devant ces groupes d’amis qui pique-niquaient Place Dauphine. Longer les quais, pensive…

Dans Une Place sur la Terre, on rencontre Antoine (Benoît Poelvoorde), un photographe un brin fantasque, joyeusement désabusé, et bienheureux solitaire. Son meilleur copain, c’est Matéo (Max Baissette de Malglaive – qui a un nom à dormir debout) le jeune fils de sa voisine souvent absente. Un soir, il entend des notes de Chopin s’échapper de l’immeuble en face, et il découvre Elena (Ariane Labed) sa jeune voisine étudiante et idéaliste.

Il est fasciné, et leur rencontre se fera presque par hasard. Mais comme le hasard n’existe pas, cette rencontre va bouleverser leurs vies, et surtout celle d’Antoine…

Une Place sur la Terre

Une Place sur la Terre est un film qui se vit plus qu’il ne se regarde. C’est un film fait de petits et grands moments, tantôt drôles, tantôt tragiques. Ce n’est pas un conte de fées, et pourtant c’est un joli conte mélancolique où l’émotion est brute et sincère.

La photographie du film est maîtrisée, et presque aussi atypique que les personnages qu’elle dépeint – la caméra se concentre sur les détails, les gestes, les petites choses. Beaucoup de gros plans, comme une envie de nous rapprocher au plus près des personnages, de les faire parler à travers leurs gestes et non leurs paroles.. C’est en effet un film très pauvre en dialogues, où beaucoup de choses se jouent dans les gestes et les regards.

C’est un risque à prendre, et pourtant, ça marche, et ce grâce à l’impressionnante prestation de Benoît Poelvoorde – il illumine l’écran, et n’a jamais été aussi bon. Incroyablement touchant, il est parfait dans ce rôle doux-amer de photographe passionné et perdu. Comme je l’ai déjà évoqué, l’émotion qu’il nous transmet est brute et d’une sincérité folle.

Ariane Labed est elle aussi parfaitement touchante dans le rôle d’Elena, cette fille qui ne cesse d’être « triste de la tristesse des autres » et qui pourtant impressionne par sa force de caractère – c’est peut-être ce paradoxe, cette force sensible qui fascine tant Antoine, au point qu’elle devienne sa muse…

N’oublions pas l’interprétation sans faute du jeune Max Baissette – ses scènes avec Benoît Poelvoorde sont touchantes et drôles, comme une parenthèse plus légère face au personnage d’Elena, plus sombre, plus grave.

Ce film m’aura emportée par son émotion subtile et poignante, et sa bande-son y est aussi pour beaucoup. Je crois que ce qui m’avait donné envie d’aller voir ce film en premier lieu, c’est le souvenir d’une bande-annonce où on pouvait entendre quelques notes de Chopin.. Et même si Chopin, finalement, on ne l’entend que très peu, la bande-son emprunte beaucoup à celle du film The Hours, composée par Philip Glass – et ça colle merveilleusement bien à la mélancolie du film.

Une Place sur la Terre est donc un de ces films auxquels je ne m’attendais pas, magnifique et touchant, porté par un trio d’acteurs incroyablement sincères, et je peine à lui trouver des défauts. Un rythme sans doute un peu trop lent pour certains, et que j’ai pourtant trouvé nécessaire – on ne parle pas de mélancolie et de profondeur avec un film au rythme soutenu.

La scène finale, tourbillonnante, est terriblement poignante. A l’image d’un film profondément beau et triste.

Je vous le conseille de tout cœur, mais n’y allez pas avec un petit moral ou une grande fatigue et surtout, laissez-vous emporter par sa mélancolie, vous en ressortirez pensifs, peut-être un peu mélancoliques à votre tour, mais surtout, profondément touchés.

Avez-vous déjà vu Une Place sur la Terre? Si non, vous ai-je donné quelque peu envie de le voir?

Bonne semaine & à très vite!

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6 Commentaires

  • Répondre Ninie Pouce 2 septembre 2013 at 10 h 46 min

    Il a l’air top ce film, je me le note !

  • Répondre auroreinparis 2 septembre 2013 at 15 h 11 min

    Ta critique est aussi belle que le film, ca résume également ce que j’en ai pensé, avec un coup de coeur pour ce rôle offert à Benoit Poelvoorde et surtout à ce qu’il en a fait. Je n’en attendais rien, c’était un hasard, comme toi, et j’en suis sortie un peu secouée !

  • Répondre LaNe 2 septembre 2013 at 17 h 52 min

    Ca me tente vraiment! Et puis j’aime beaucoup Poolvoerde dans ses rôles « sérieux ».
    Enfin va falloir que je sois patiente – même pas sûre que le film sorte au Canada… :(

  • Répondre Eleusis_Mégara 3 septembre 2013 at 23 h 48 min

    Pas sûre que ce soit le genre de film qu’il faut que j’aille voir en ce moment mais je le mets dans ma liste pour plus tard. Et puis, je n’aime pas trop Benoit Poelvoorde, alors c’est peut-être l’occasion de me faire une nouvelle opinion.

    Mille bisous doux <3

  • Répondre Madoe 11 septembre 2013 at 20 h 14 min

    Merci pour ce beau texte, j’ai ressenti ce film comme vous : eu envie de marcher après, de ne pas me dépêcher de rentrer… Moi j’aimais bien Poelvoorde, surtout depuis « Le Grand Soir », mais là il m’a fracassée, là c’est décidé je l’adore, pour la vie ! On n’interprète pas un aussi beau personnage aussi finement, avec autant de justesse, sans avoir quelque chose de vraiment beau au fond de soi…

  • Répondre Clara 15 octobre 2013 at 20 h 06 min

    Tu m’as donné envie de voir ce film, Blue Jasmine et The Buttler!
    Tu écris bien, apparament tu es quelqu’un de sensible et on a l’air d’avoir les mêmes goûts en matière de films!