L’Ecume des Jours

Septième Art 30 avril 2013 Laisser un commentaire

Romain Duris & Audrey Tautou

La semaine vient à peine de commencer, et j’ai l’impression d’avoir déjà voyagé loin, très loin, en relisant l’Ecume des Jours puis en allant voir juste après ce que Michel Gondry en avait fait sur grand écran. Et c’était d’autant plus dépaysant de lire un livre qui ne soit pas lié à mon mémoire..!

J’avais déjà lu le roman de Boris Vian durant mon adolescence, et je l’avais tant aimé, que je l’avais érigé au panthéon de mes œuvres littéraires favorites – je n’avais pas lu le livre depuis longtemps, mais comme la première fois, il m’a subjuguée par son absurdité, sa beauté et sa profonde mélancolie.

L’adaptation de Michel Gondry lui reste assez fidèle.. C’est l’histoire de Colin (Romain Duris) un jeune homme qui « possédait une fortune suffisante pour vivre convenablement sans travailler pour les autres ». Son meilleur ami, Chick (Gad Elmaleh) un grand admirateur de Jean-Sol Partre, est tombé amoureux d’Aline (Aïssa Maïga) mais Colin n’en peux plus, lui aussi veut tomber amoureux…

Et c’est chose faite quand il rencontre Chloé (Audrey Tautou) qui porte en plus le nom d’un fameux morceau de Duke Ellington. Ils sont jeunes, amoureux et se marient. Mais bientôt leur bonheur est menacé par une condition rare: un nénuphar grandit au sein du poumon droit de Chloé…

Gad Elmaleh, Aïssa MaÏga & Charlotte Le Bon

Notons aussi au passage la présence de Charlotte Le Bon (qui incarne Isis) et d’Omar Sy (Nicolas, le cuisinier/chauffeur/ami/etc. de Colin) au casting.

Le film débute joyeusement, au son jazzy de Duke Ellington, dans le bel et étrange appartement de Colin, radieux – une première incursion dans un monde surréel où pour vider l’eau de son bain, l’on perce le fond de sa baignoire et où les rayons du soleil se font en quelque sorte solides.

Le roman de Boris Vian est réputé inadaptable, et à raison! Comment montrer à l’écran le monde absurde et presque onirique du Paris dans lequel évoluent Colin et Chloé? Michel Gondry semblait ainsi être l’homme qui serait le plus en mesure de retranscrire à l’écran ce monde étrange…

A l’aide de stop-motion et d’autres effets « fait-main », Gondry retranscrit joyeusement, et de façon très « organique » un peu du monde bizarre de l’Ecume des Jours. La petite souris qui accompagne le récit est ici non pas un animal réel ou d’images de synthèse, mais un véritable acteur dans un costume de souris, et rapetissé. Les plats de Nicolas s’animent en stop-motion et le fameux « pianocktail » semble exister vraiment, donnant vie à des cocktails empreints de blues.

Michel Gondry, artisan de l’absurde? Il est assez étrange de voir un univers qui rappelle les années 50′-60′ côtoyer un Paris actuel et ses travaux aux Halles. Le film mélange les genres et les époques pour créer un monde unique et surréel qui correspond si bien à l’œuvre de Boris Vian.

Les quelques scènes « d’amour » entre Colin et Chloé sont véritablement magiques – ils sont seuls au monde dans ces moments là. Seuls sur un petit nuage, dans l’eau ou encore dans les airs. Esthétiquement, c’est réussi.

Entre poésie et extravagance, l’univers visuel est très riche et rend un bel hommage au roman de Boris Vian. Quant au rythme du film, ils nous entraîne très vite au cœur de l’action, pour s’essouffler, un peu comme le bonheur sans nuages de Colin et Chloé, quelque part au milieu du film. Et très vite, la mélancolie prend le pas sur la légèreté, l’obscurité chasse peu à peu la lumière – au sens littéral comme au sens figuré.

L’évolution de l’appartement des protagonistes, fidèle au roman, est l’expression même du tourment intérieur de Colin, et de la maladie qui ronge Chloé. L’atmosphère s’alourdit, et on ne s’amuse plus vraiment comme au début. Et c’est là que devrait intervenir l’émotion…

Et pourtant, j’ai beau chercher, je n’ai pas particulièrement été émue devant les images du film – bouleversée par la tragédie même de l’histoire, mais assez peu touchée par le film en lui-même. Pour tout vous dire, j’ai presque trouvé le temps long à la fin. C’est d’une tristesse incroyable, et paradoxalement, ça manquait cruellement d’émotion.

La faute aux acteurs? Peut-être. Et pourtant, je ne les ai pas trouvés mauvais. J’aime beaucoup Romain Duris, et j’ai trouvé sa prestation à la hauteur. Audrey Tautou, je ne sais toujours pas si je l’aime bien ou pas… Leur couple a l’écran était mignon, mais ne faisait pas exactement d’étincelles. Bref, j’ai trouvé l’ensemble du casting assez plat en fait, parfait pour incarner des personnages un peu trop lisses, un peu fades finalement…

Le seul qui a tiré son épingle du jeu pour moi, c’est Gad Elmaleh, que j’ai trouvé convaincant dans ce rôle de doux fanatique qui finit par côtoyer la folie d’un peu trop près.

Il est indéniable que beaucoup de soin a été apporté à l’univers visuel du film, mais je trouve que cela s’est fait un peu au détriment de l’émotion, et c’est vraiment dommage pour une œuvre aussi poétique et magique que l’Ecume des Jours.

J’en suis donc ressortie avec beaucoup trop de mélancolie – Paris me semblait triste, vide et froid. A L’instar du Paris profondément triste de la fin du film… Après tout, le roman de Boris Vian est un roman plein de désespoir. Mais ce n’est pas ce que j’en retiens à vrai dire. Une tragédie, certes, mais une grande histoire d’amour surtout.

Alors oui, Gondry a réussi le pari de retranscrire à l’écran le monde étrange et surréaliste du roman en accompagnant le tout d’une bande-son de qualité (n’oublions pas que comme Boris Vian, j’aime beaucoup, beaucoup le jazz) mais à mon sens le film manque d’émotion – il lui manque presque une âme.

Mes sentiments vis-à-vis du film sont donc plein d’ambivalence.. Et vous, l’avez-vous vu? Qu’en avez-vous pensé?

A bientôt!

+ La prochaine adaptation que j’attends avec impatience, c’est bien évidemment Gatsby le Magnifique. J’aime beaucoup trop les films de Baz Luhrmann pour passer à côté de celui-là!

+ J’aurais pu développer plus longuement sur l’univers visuel de l’Ecume des Jours, et c’est drôle, ça rejoint un peu ce que je développe dans mon mémoire. Le côté fait-main, un brin daté, dans une époque où l’image de synthèse est reine, c’est assez passionnant à travailler je trouve…

+ Pour finir, je vous invite à lire cette critique du roman de Boris Vian, je suis assez d’accord avec tout ce qui est avancé ici par Anaïs. (Et puis son blog, de façon générale, est vraiment chouette, allez-y!)

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7 Commentaires

  • Répondre TheCherryCrumble 30 avril 2013 at 20 h 35 min

    Chouette critique, je préfère lire le lire alors, haha!

  • Répondre Naomi 8 mai 2013 at 15 h 02 min

    Je n’avais pas lu le livre, je connaissais donc l’histoire que vaguement. Quand j’ai été voir l’adaptation au ciné, j’ai d’abord été subjugué par les décors, et toute l’ingeniosité mais surtout l’ensemble en fait (la musique, paris, les differents objets, les dialogues etc..)
    Et petit à petit , plus le film avance, plus ça devient glauque, et moins je l’apprécie.
    Comme l’ami avec qui j’étais ma dit: il y a des histoires qui ne peuvent pas être adapté. Pas parce que c’est irréalisable, mais parce que l’émotion d’un livre, visuellement peut être trop dur. Et c’est vraiment ce que j’ai ressenti. J’avais l’impression d’etouffer dans cette salle de cinéma. Comme toi, quand je suis ressorti et que je me baladais dans Paris, Paris m’a semblé triste.
    Bref, pour moi j’ai pas du tout aimé ce film, malheureusement :(
    Mais Gondry est toujours aussi génial à mes yeux :)

    • Répondre Laurelas 8 mai 2013 at 21 h 21 min

      C’était un peu ça, j’étouffais à mesure que le film avançait – c’est dommage, mais tu as raison, toi et ton ami, c’est peut être inadaptable comme histoire..

      Tant pis :)

  • Répondre Eleusis_Mégara 11 mai 2013 at 14 h 57 min

    Je ne l’ai toujours pas vu, je vais essayer d’y aller ce soir ou demain mais ta critique rejoint beaucoup celles que j’ai lues jusqu’à présent ; ça me désespère un peu car comme toi, L’Écume des jours c’est l’un des romans qui m’a le plus marquée. Je l’ai lu quand j’avais 18 ans, juste après le bac et j’en garde un agréable souvenir flou. Bon, on verra bien. Je vais traîner Davy au cinéma ^_^

    Et moi aussiii j’attends avec impatience Gatsby ! J’ai terminé le livre il y a une dizaine de jours, je ne sais pas si j’ai aimé ou pas. J’adore les films de Luhrmann alors je suppose que ça va faire pencher la balance. J’écoute la BO en boucle depuis quelques jours, je sens que ça va faire un peu comme celle de Moulin Rouge il y a… 10 ans (bim ! le coup de vieux !) On ira ensemble ? :)

    Des bisous doux ma croquette <3

    • Répondre Laurelas 12 mai 2013 at 14 h 27 min

      Tu me diras pour l’Ecume des Jours :)

      Et Gatsby, j’ai commandé le livre, je l’ai, mais je ne me suis pas résolue à l’ouvrir, même ces quelques jours à la campagne (je suis incorrigible..) mais je compte bien le lire avant d’aller voir le film, et oui, avec plaisir avec toi :)

      J’ai pas envie de déjà écouter la BO, je suis sûre que je vais l’aimer, mais je veux d’abord mettre des images dessus! Bisou <3

  • Répondre Nyx 11 mai 2013 at 16 h 27 min

    Eh bien moi, j’ai adoré !

    Cela dit, je comprends tout à fait que beaucoup (parce que vous êtes nombreux au final) n’aient pas accroché, tout simplement parce qu’à mon sens, cela vient de la manière dont chaque personne « a réceptionné » (symboliquement hein) ce livre. J’ai remarqué que parmi tout ceux qui n’ont pas aimé (ou moyennement) l’adaptation de Gondry, l’argument qui revenait le plus était celui du manque d’émotions, voire de son absence totale, et ce sentiment de désespoir à la fin qui, pour vous, ne rend pas bien compte du livre.

    À l’inverse, pour moi c’est ce qui prouve sa plus totale et entière fidélité puisque avec l’Écume des jours (le livre) j’ai fait l’expérience du néant perso (peut-être aussi car je ne l’ai pas lu ado ?). Du vide intersidéral. De l’abyme. De l’espoir vain. Du bonheur éphémère. Bref, de l’être ET du néant, comme le dirait ce cher Sartre (qui hante le film autant que le livre). De ce fait, il était normal pour moi d’en sortir avec cette horrible sensation. Et je comprends totalement les choix de Gondry et notamment la surenchère de ses créations qui étouffent volontairement le spectateur au début parce qu’elles l’amènent sciemment à cet état de latence mélancolique. Si j’avais ressenti la moindre émotion, pour moi, l’adaptation aurait été ratée (car dans le livre, je n’en ai eu aucune et c’est selon moi ce qui en fait un chef d’œuvre).

    Bref, m’est avis que l’appréciation du film dépend vraiment du premier regard porté sur le livre, de ce qu’on y a compris, perçu, aimé etc :).

    Au passage je te rejoins sur Duris ! N’étant pas une grande fan, j’ai vraiment été bluffée. Je trouve qu’il a interprété Colin avec brio (et ce n’était pas une tâche aisée).

    Et mille merci d’avoir mis en lumière ma critique ! Ca me va droit au cœur ! :)

    • Répondre Laurelas 12 mai 2013 at 14 h 30 min

      Je comprends ce que tu veux dire, et c’est assez juste – j’ai relu le livre juste avant de voir le film, et il est vrai que je n’ai pas retrouvé ce que j’y avais trouvé lors de ma première lecture, quand j’étais ado.. Bizarre, mais du coup, ça a sûrement joué!

      J’ai lu ta critique du film hier sur ton blog aussi – j’ai trouvé Gad assez bon dans son rôle pour ma part! Tout est question de point de vue personnel :)